La testo et moi

Pour un magazine Trans, j’ai témoigné sur ce qu’évoque la testo pour moi, voilà le texte que j’ai écris.

La testo et moi

Juste avant de commencer la testo, j’ai eu très peur. J’ai même hésité à  faire la première injection.  J’ai même eu tellement peur que je me suis demandé si je ne faisais pas une connerie, si je devais vraiment faire une transition.  Voilà ce qu’évoquait la testo pour moi avant de commencer.

Evidemment je pensais être le seul à ressentir ça ; sur Internet et notamment sur les groupes Facebook , personne n’en parlait, tout le monde avait juste l’air d’être dans l’attente du moment où une aiguille allait s’enfoncer dans leur peau.

J’avais hâte aussi mais j’ai pas mal chialé une semaine avant parce que j’avais peur.

Dire aux gens, je suis un mec, appelez-moi Tristan, me couper les cheveux, changer de fringues, etc, pas de souci. C’est facile, ça m’engage pas à grand-chose, les cheveux ça repousse, les fringues ça se rachète et j’ai gardé ma robe de mariée.

Mais prendre de la testo, c’est changer définitivement. C’est ne plus jamais avoir la même voix, ne plus avoir la même chose dans mon froc, etc.

J’ai eu l’ordonnance dans les mains un mercredi, je crois,  et je me suis piqué le  samedi, vers 2 heures du matin. J’ai attendu pour des raisons logistiques mais aussi parce que j’avais besoin de temps.  En vrai, si j’avais vraiment voulu, j’aurai pu me démerder pour faire la première injection le jour même mais j’avais peur.

D’ailleurs, j’ai commencé à stresser trois semaines avant le rdv avec l’endocrinologue…

Mais quand j’ai enfoncé l’aiguille dans ma cuisse, que je me suis rendu compte que ça rentrait comme dans du beurre, que j’ai regardé le produit rentrer dans ma couenne, punaise, je me suis senti heureux, et enfin moi-même.

Comme si j’étais arrivé au bout d’un truc, alors que je commençais seulement.

Je crois que dans tout mon parcours de transition (étant donné les changements que je souhaite faire, je n’en suis qu’au début), c’est le plus important.

Je compte avoir une mammectomie, cette partie de mon anatomie m’a toujours fait chier (royalement, même, vu la taille des engins) et malgré tout, je pense que je pourrais m’en passer si je le devais. Idem pour mon changement d’état civil.

Mais la testo, dans mon cas personnel, c’est la base. Pour que je me sente vraiment un mec.

Bon, c’est un peu idiot de dire ça, je me sentais un mec avant, je l’ai toujours plus ou moins ressenti comme ça, même si je ne l’ai admis que récemment.  Disons, pour me sentir plus légitime.

Aujourd’hui ça fait 2 mois que j’ai commencé et j’ai chaque fois un peu plus de mal à ne pas faire mon injection en avance. J’en fais une tous les 15 jours, pas un de plus. Voire un de moins.

Un truc me chiffonne un peu, quand même, c’est d’être dépendant de cette substance à vie.

Ce sont les effets secondaires, c’est la nocivité du produit, même si j’ai bouffé des hormones depuis l’âge de 19 ans avec la pillule et l’implant…

Et puis de ne pas être libre, de devoir la quémander à un médecin régulièrement, de ne pas pouvoir avoir plus de deux ampoules par passage à la pharmacie, de stresser quand je ne suis pas dans mon bled pour savoir si je vais en trouver, si l’employéE de la pharmacie va bien me recevoir, etc.

Du coup, des fois je me demande si j’en prendrai vraiment toute ma vie… J’ai 34 ans, j’espère vivre encore quarante ou cinquante ans…

Bon, j’en suis qu’au début, on verra bien.

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